jeudi, décembre 2, 2021
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Rokhaya Thiam « raconte sa vie » à coeur ouvert sur diantbi.com

Ancienne pensionnaire de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et de  l’ENEA, au département ATEGU, Rokhaya Thiam, diplômée en Gestion des Collectivités Locales/Environnement et titulaire d’une maîtrise professionnelle en GRH à l’international Business School, nous raconte dans cette interview sa vie d’émigrée dans la diaspora. La journaliste qui a mis sur le pied sur les fonts baptismaux le site web www.lastleaks.fr évoque sans détours avec diantbi.com les bons et les mauvais côtés de la vie d’une sénégalaise en France.

Vous êtes journaliste sénégalaise établie en France, pouvez-vous nous retracer votre parcours académique ?

Je suis passée à l’université Cheikh Anta Diop à la fac de droit, malheureusement pour une année parce j’avais obtenu une pré-inscription à l’université Paul de Valery de Montpellier. À la dernière minute je n’ai pas pu venir. Je me suis alors inscrite en Géographie. Et la même  année,  j’ai réussi à intégrer l’ENEA, au département ATEGU. J’en suis donc sortie diplômée en Gestion des Collectivités Locales/Environnement.  Puis j’ai décidé de poursuivre mes études supérieures dans un autre domaine. C’est comme cela que j’ai fait une licence professionnelle en GRH et l’année d’après une maîtrise professionnelle en GRH à l’international Business School. Par la suite je me suis spécialisée en Communication. Et en juin 2006 j’ai fait mes premiers pas dans le journalisme à l’hebdo La Voix plus. Et depuis lors, l’aventure continue.

Comment appréciez la communauté sénégalaise en France… comment elle est perçue en France.

C’est une communauté sénégalaise que j’ai découverte en 2017, quatre après m’être installée à Paris. J’ai  plus côtoyé les militants, dirigeants et autres personnes qui s’intéressent à la politique ; puisque j’ai eu,- pour la première fois de ma vie-, une petite expérience en tant que militante dans un parti politique,  en l’occurrence le Pastef où j’ai été responsable du pôle communication. Et, cette communauté sénégalaise là, est composée d’hommes et de femmes passionnés par la gestion de leur pays, de gens qui ont des projets et nourrissent l’ambition de faire bouger les choses au Sénégal.

Hélas,  il y a encore beaucoup de soucis, de couacs dans leurs différentes plates-formes et organisations, en gros : des choses à parfaire. Pas trop méchant à mon avis.

Apres, la communauté sénégalaise est bien perçue d’après les quelques discussions que j’ai eues avec certaines autorités policières et administratives. Ils décrivent les Sénégalais en général comme des gens non violents, qui respectent  la loi. Souvent, ils sont décrits comme des gens qui font beaucoup d’efforts pour s’intégrer. Bien-sûr il y a quelques exemptions comme les dealers dont avait parlé Éric Zemmour. Ce qui avait soulevé d’ailleurs un tollé chez mes compatriotes. Sinon, les Sénégalais sont des personnes bien éduquées, qui se comportent bien en société.

Être femme et émigrée est-il une situation difficile à gérer ?

Honnêtement c’est compliqué. Je peux  même dire que ce n’est pas facile. Le plus gros souci quand on arrive en Europe en général c’est de trouver un point de chute, un accueil correct qui puisse permettre de prendre ses marques afin de commencer à chercher un travail puis un logement etc. La vie en société ici est bien différente de celle au pays. Les notions de solidarité,  d’hospitalité etc, s’effritent quelques fois même entre personne d’une même famille. Et, le plus difficile c’est de régulariser sa situation quand on vit sans titre de séjour. Car, de ce sésame dépend le travail, le logement, l’indépendance financière et du coup d’une certaine manière l’intégration dans la société. Et paradoxalement, il faut du travail pour prétendre à une régularisation. Pour du travail pour faut avoir titre de séjour … un cercle vicieux. Et souvent l’alternative, c’est de se marier ou d’avoir un enfant de mère ou de père français. Et, bonjour les complications.

En tant que femme sénégalaise est que vous avez été parfois confrontée au racisme dans la rue ou votre travail.

Non, du racisme ouvertement non. Pas encore en tout cas. Après, il est clair qu’il faut avoir du caractère, toujours être correct et respectable dans les relations interpersonnelles. Beaucoup ont encore des idées reçues sur notre mode vie, des préjugés etc. Parfois ils donnent l’impression de tout savoir de nous alors qu’ils sont si loin de la réalité. C’est souvent plus de l’ignorance qu’autre chose.

C’est drôle, mais dans mon parcours je professionnel, en France, pour la petite révélation, je n’ai eu des problèmes qu’avec des patrons africains. Le premier était d’origine sénégalaise  et l’autre camerounaise. C’est vous dire …

Parlez nous un peu de votre blog lastleaks.

Il s’agit d’un blog que je tenais déjà, depuis un bon moment. Puis j’ai décidé d’en faire un site internet. Ainsi voici quatre années, donc, que www.lastleaks.fr fait son chemin suivant son slogan ; « simplement informer, mais sûrement informer ». Je m’accroche vraiment aux principes de base du journalisme ; respect de la vérité et la priorité aux intérêts du citoyen… J’ai idées et projets plein la tête. Last Leaks sera amélioré. Vous verrez.

Comment vous vivez avec la Covid-19 et les théories complotistes sur le vaccin et l’emparas sanitaire.

Je vous cache pas j’ai eu vraiment peur au début. Je pouvais même plus me projeter et j’avais un étrange sentiment ineffable. Découragée. Le Covid-19 a freiné une émission que j’avais réussi à  lancer et a évidemment bloqué un ambitieux projet. Mais maintenant ça va beaucoup mieux, il y a une lueur d’espoir de s’en sortir avec la recherche qui a déjà produit un vaccin. Je suis vaccinée dès les premières semaines d’ailleurs.  Les théories complotistes,  je lis certains articles, visionne des vidéos.  J’avoue que ça embrouille plus que ça n’éclaire les esprits. À mon avis bien-sûr. Parfois l’on a du mal à croire à certaines choses avancées ça-et-là.

Cependant,  je dénonce cette dictature médicale,  les restrictions de libertés et ce business qui apparaît en filigrane autour du Covid-19. C’est valable au Sénégal comme ici.

En tant que journaliste sénégalaise quel regard portez vous sur le Sénégal la politique, l’économie, la situation des femmes etc.

La politique telle qu’elle est faite au Sénégal est juste navrante. Les politiciens dans leur écrasante majorité n’ont plus de crédit auprès de la population. Ils ne sont  mus par des intérêts partisans et personnels. Pire, ils ont réussi à diviser ce peuple et à instaurer une violence qui nedit pas son nom.

L’économie officiellement est l’une des plus dynamique au monde. Mais concrètement est-ce ressenti par la population ? Les richesses du sous-sol, de la mersont-elles bien gérées par nos dirigeants ? Est-ce que l’agriculture,  le tourisme et la pêche se portent bien ? Je ne le pense pas d’après les plaintes et complaintes des Sénégalais. Le pays dépend des aides, des envois et des fonds étrangers. Moins de 50% de la population est active. Et, c’est difficile d’investir au Sénégal ou de porter un projet, le réaliser et le réussir quand on veut rentrer. D’une certaine manière, on dirait que tout ce qu’il y à  faire c’est du commerce avec la livraison, la vente en ligne…

Quant aux femmes, c’est encore dommage que leurs conditions aient peu évoluées.  Elles sont encore très exposées face à la pauvreté, aux inégalités sociales. Dans le marché du travailou l’accès à la propriété, que ce soit le foncier ou le capital,les femmes ont encore un faibletaux d’insertion. Et malgré le relèvement du taux de scolarisation des fillesavec son corollaire ; c’est-à-dire un curriculum de rang universitaire, elles occupentpeude postes dans les emplois qualifiésdans le marché du travail. Il y a encore beaucoup de boulot dans ce domaine.

En même temps, je déplore comment la femme est dévalorisée dans l’espace audiovisuel,  dans les nouvelles séries télévisées et parfois à la télévision. Un sexisme qui n’a pas l’air de choquer beaucoup de monde ou du moins l’autorité de régulation.

Hapsatou Sy

Commet appréciez les figures comme Hapsatpu SY, Rokhaya Diallo, AïssaMaiga d’origine africaine dans la vie publique française ?

Je respecte leurs différents parcours et salue leur engagement. Rokhaya Diallo se bat contre le racisme. Elle est arrivée à se faire respecter et à se faire aussi un nom dans le milieu journalistique grâce à la pertinence de ses idées qu’elle sait défendre d’ailleurs.

Aussi, cela fait plaisir de voir HapsatouSy, « Partie de rien » réussir dans ses entreprises. Elle a quand même représentée en 2011, l’entrepreneuriat français au G20 Yes et a bien joué son rôle dans l’entreprenariat féminin.

Pareil pour Aïssa Maïga qui a su se faire une place dans le cinéma. Respect à toutes ces braves dames.

Aïssa Maïga, l »actrice française.

Quels conseils donnez vous aux femmes sénégalaises qui veulent venir en France?

Est-ce que je peux prétendre leur donner des conseils. Je sais juste quel’on ne quitte pas que sa famille,  ses proches, son pays. On laisse derrière soi plus que tout ça.  La culture est différente,  les repères, les réalités ne sont pas les mêmes. Prendre la décision de venirrelève d’une grande responsabilité après sérieuse et mûre réflexion.  Et puis, à chacun son étoile.

Votre dernier mot.

C’est de vous remercier pour l’opportunité que vous offrez là à Last Leaks d’être davantage connue. Je vous souhaite aussi plein de succès avec votre site. Vive le journalisme authentique.

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