vendredi, décembre 3, 2021
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Budget 2022 : Le Sénégal va payer 3 milliards F CFA de dette par jour

La hausse du budget 2022 à hauteur de 5150 milliards F CFA vise à accentuer l’endettement. C’est l’analyse de certains experts locaux de l’économie.

L’Assemblée Nationale va bientôt se lancer pour le traditionnel « marathon budgétaire » en vue de l’adoption de la loi des finances initiale arrêtée à 5150 milliards F CFA en 2022. Un budget doublé sur les 10 ans et qui comprend l’amortissement de la dette. Ce que le ministre Abdoulaye Daouda Diallo présente comme un exploit réalisé par le gouvernement. Sauf que des spécialistes voient une mystification dans cette communication. Pour le macro-économiste Seydina Alioune Ndiaye, il est ainsi important de « rétablir certains faits pour informer l’opinion afin d’avoir un débat sur des choses factuelles ».

L’invité de l’émission « L’Air du Temps » de souligner : « Le budget (de l’année prochaine), c’est 3611 milliards F CFA de recettes et 4395 milliards F CFA de dépenses. Ce qu’il faut savoir est qu’un budget est une prévision de recettes sur des engagements de dépenses. La différence est ce qu’on appelle le déficit budgétaire qui est de 784 milliards. Donc, l’Etat collecte moins par rapport à ce qu’il va dépenser (…) Le ministre s’appuie sur une analyse comparative en disant que ça a doublé. Alors qu’en 2000, le Président Abdoulaye Wade avait trouvé un budget de 500 milliards F CFA qu’il a porté à 2500 milliards C CFA. Soit 5 fois plus ».

Avant de faire constater que l’option à travers cette hausse est de « laisser filer la dette ». En clair, le Sénégal va s’endetter davantage. « On doit rembourser ce qu’on avait souscrit qui est d’un montant 804 milliards F CFA. Il y a un canevas juridique qui fait qu’il n’est pas comptabilisé dans le budget. Selon la nouvelle loi organique (2007 du 26 février 2020, article 28) relative aux lois des finances, ça passe en charge de trésorerie. Cela fait que le budget, techniquement, n’est pas de 5 150 milliards F CFA. Voilà le premier fait qu’il faut corriger », estime Seydina Alioune Ndiaye.

Selon ce dernier, si le montant principal de la dette – situé à 1643 milliards F CFA (784 milliards FCFA de déficit + 804 milliards F CFA de remboursement + d’autres charges) – est intégré dans le budget 2022, « l’on serait autour de 9.5%. Ce qui exploserait le plafond communautaire avec l’UEMOA qui préconise un niveau de déficit à hauteur du PIB de 3% ». Cependant, il va falloir éponger le dû (1643 milliards F CFA) en passant encore par des emprunts. « Quand on a des dettes qui arrivent à échéance et on n’a pas de quoi payer, on s’endette. A l’état actuel du budget, le Sénégal en 2022 va payer 3 milliards F CFA chaque jour », soutient-il.

Ce qui pose inéluctablement la question de la soutenabilité de la dette. Pour le macro-économiste, le meilleur endettement doit porter « sur des projets dont le retour d’investissement permet de payer et d’engranger un bond économique ». Dans ce dessein, il faut une vraie politique industrielle. « On est dans une économie duale : un secteur primaire qui emploie beaucoup de personnes et est peu productif, une économie de service qui emploie peu de personnes mais qui produit la majorité de richesses dans le PIB, entre les deux se trouve le secteur secondaire où il n’y a rien alors qu’on a une surabondance de matières premières ».

Un argumentaire appuyé par un autre expert en économie internationale, le Pr Alioune Diouf, « inquiet de cet endettement qui se poursuit et risque d’hypothéquer les générations futures ». A l’en croire, l’utilisation des fonds demeure le principal problème. « Il est important d’investir dans l’industrialisation, le développement de l’agriculture, sur la transformer de nos ressources humaines, minières et du sous-sol. C’est-à-dire des secteurs qui vont entrainer la croissance économique. Au lieu de construire des infrastructures de prestige », croit-il.

Sans manquer de rappeler la nécessité d’une loi de règlement après chaque exécution budgétaire pour bien situer l’effectivité des dépenses votées et voir quelle a été leur efficacité. Un travail confié à la cour des comptes qui n’est plus à jour depuis trois ans.

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