dimanche, décembre 4, 2022
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Présidentielle 2024 : Amnistier Karim et Khalifa pour mieux « emprisonner » Sonko

A l’heure où il se susurre que le régime de Macky Sall songerait à la carte de la réhabilitation de Karim Wade et de Khalifa Sall pour mieux acter « le Tout sauf Ousmane Sonko » en 2024, Boubacar Bâ du Forum du justiciable (nommé à l’OFNAC en 2020) apparaît à tort ou à raison comme « un ballon de sonde politique » pour tâter le pouls de l’opinion avec cette proposition de projet de loi portant révision des Articles L31 et L32 du Code électoral et l’adoption d’une loi d’amnistie en filigrane.

Le cas échéant, le prétexte naïf d’un apaisement voire d’une d’une pacification, voire d’une décrispation de l’espace politique délétère pour des prochaines élections inclusives semble être un leurre politique. En effet, stratégiquement, il s’agit à défaut de le museler, d’amenuiser à volonté les chances présidentielles de Ousmane Sonko qui a déclaré vendredi sa candidature, avant l’heure.

Figure phare du Forum du justiciable piloté, Boubacar Bâ a été nommé par Macky Sall à l’OFNAC (l’Office National de lutte contre la Fraude et Corruption) depuis le 24 février 2020.

Concrètement, pour le Forum du justiciable, il s’agit d’impulser dans une assemblée nationale presque en « cohabitation » un projet de loi portant  révision des Articles L31 et L32 du Code électoral et l’adoption dans la foulée d’une loi d’amnistie taillée sur mesure.

Morceaux choisis : « Article premier. Sont amnistiées de plein droit les infractions correctionnelles commises entre 1er janvier 2002 et le 25 mars 2012 prévues par l’article 163 bis du code pénal réprimant l’enrichissement illicite »,a inspiré le Forum du Justiciable.

« Article 2. Sont amnistiées de plein droit les infractions correctionnelles commises entre 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2015 prévues par l’article 5, 135, 136, 137, 153, et 154 réprimant le faux et usage de faux en écriture de commerce, faux et usage de faux dans les documents administratifs, l’escroquerie sur les deniers publics ».

Pour Birahime Seck du Forum civil, l’idée de proposer l’adoption d’une loi d’amnistie sous prétexte d’une décrispation politique relève d’une volonté appuyée et manifeste de cultiver et d’encourager l’enrichissement illicite, les détournements, le vol et la promotion de l’impunité dans l’espace public

Le Forum civil refuse l’amnistie au Forum du justiciable

Malgré tout, Boubacar Bâ et sa loi d’Amnistie ont été brûlées par la société civile incarnée par Birahime Seck. Celui qui pilote le Forum civil n’est pas allé à quatre chemins pour dénoncer cette position lugubre et populiste du Forum du justiciable.

« Il est dans l’idée de proposer l’adoption d’une loi d’amnistie sous prétexte d’une décrispation politique. Ce projet relève d’une volonté appuyée et manifeste de cultiver et d’encourager l’enrichissement illicite, les détournements, le vol et la promotion de l’impunité dans l’espace public », a répliqué Birahime Seck dans une déclaration parvenue à la rédaction de diantbi.com.

Une jurisprudence taillée sur mesure pour les délinquants à col blanc

De son côté, Ibrahima Sène du PIT (Parti de l’Indépendance et du Travail) et de la majorité présidentielle a aussi presque jeté du sable dans le couscous du Forum du Justiciable.

« Il est aussi indécent et foncièrement anti républicain, que de demander d’amnistier des gens condamnés de façon définitive pour faits de détournement de deniers publics, ou d’enrichissement illicite, puisque l’amnistie ne porte pas sur des personnes, mais uniquement sur des faits ! » a martelé le Marxiste-léniniste sur sa page facebook visitée par diantbi.com.

Avant d’ajouter, « donc demander l’amnistie pour Khalifa et Karim est non pas seulement un non-sens, mais aussi , le cas échéant, constituerait un précédent dangereux, pouvant servir de jurisprudence qui mettrait les délinquants à col blanc, hors de portée de toute condamnation judiciaire ! »

Abdoulaye et Viviane Wade, entourés de leurs enfants, Sindiély et Karim. Selon leurs détracteurs, le père serait désormais sous l’influence du fils. © facebook.com/abdoulayewade.officiel
Le PDS croit toujours au destin présidentiel de Karim Wade qui, de surcroît, pourrait rassembler la famille libérale de Me Abdoulaye Wade.

Karim et Khalifa avaient le droit de se présenter

Sur le plan juridique, l’enseignant chercheur en droit à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Mouhamadou Ngouda Mboup avait lancé depuis longtemps un oui-non sur une éventuelle loi d’amnistie.

« Oui pour l’amnistie si ça sert à réparer un tort ou un préjudice qui avait été fait à des gens qui, à mon avis, ne devaient pas perdre les droits qu’on leur a retirés. Non pour l’amnistie si c’est pour essayer de s’absoudre », avait-il expliqué lors de l’émission « Objection » sur la radio Sud Fm le dimanche 13 décembre 2020.

Avant d’ajouter . « Textuellement et juridiquement, rien ne s’opposait à leurs candidatures. Il a fallu qu’il y ait des réformes du Code électoral et de la Constitution pour essayer de les écarter du jeu. Et ce n’est pas en soi bon pour la qualité démocratique du Sénégal. On a dit qu’ils n’étaient pas électeurs et on peut ne pas être électeur et être candidat. »

Pour l’enseignant chercheur, « le Conseil constitutionnel n’a pas joué le jeu qu’il devait jouer, mais il a accepté alors que l’on lui donnât des dossiers en dehors de la clôture des candidatures alors que la loi l’interdit. Ce que je veux dire par là, c’est que Khalifa Sall et Karim Wade, je ne dis pas qu’ils ont fait ou qu’ils n’ont pas fait, mais je sais ce que la Cour de la Justice de la Cedeao a dit est très clair. ».

Une loi d’amnistie qui permettrait à Khalifa Sall et Karim Wade de se présenter en 2024 chamboulerait toutes les cartes politiques déjà tenue en main par l’actuel « maître du jeu » Ousmane Sonko.

Amnistie Karim et Khalifa pour acter le « Tout sauf Sonko »

Néanmoins, la proposition du Forum Civil attise une conviction nourrie beaucoup d’acteurs politiques, surtout du côté du PDS (Parti Démocratique sénégalais) qui croit toujours au destin présidentiel de Karim Wade qui, de surcroît, pourrait rassembler la famille libérale autour du Patriarche Me Abdoulaye Wade.

Toujours dans cette même grille d’analyse, le « défunt » PS (Parti Socialiste) qui compte toujours sur Khalifa Sall pour reprendre le flambeau vert après que les départs de Djibo Kâ et de Moustapha Niasse ainsi que le parachutage de Ousmane Tanor Dieng qui ont éclaté le parti de Abdou Diouf depuis 1994.

En définitive, dans ce labyrinthe inextricable de la Real politique, une loi d’amnistie qui permettrait à Khalifa Sall et Karim Wade de se présenter en 2024 chamboulerait à coup sûr toutes les cartes politiques déjà tenues en main par l’actuel « maître du jeu » Ousmane Sonko.

Ce n’est pas aussi un secret de polichinelle que cette embellie Ousmane Sonko depuis 2019, confirmée par son avènement à la mairie de Ziguinchor et des élections locale et législative magistrales, pourrait toujours être noircie par le feuilleton judiciaire Adji Sarr… et un éventuel troisième mandat de Macky Sall est toujours en embuscade pour jeter l’incertitude sur les joutes de 2024.

Toutefois, au cas où Macky Sall ne se présenterait pas en 2024, Karim Wade et Khalifa Sall, en attendant un dauphin désigné de l’APR (Alliance pour la République), seraient des challengers principaux avec du mordant pour Ousmane Sonko, devenu le chef incontesté de l’opposition, depuis le ralliement de Idrissa Seck et Rewmi à la mouvance présidentielle. Wait and see…

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