vendredi, décembre 3, 2021
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Hisséne Habré et le mystère entourant son immense fortune

En exil politique à Dakar depuis 1990, le défunt Hisséne Habré avait convoyé à bord de son avion de commandement une très forte somme d’argent qui continue d’être un mystère quant à son utilisation et son recel.

En 1992, soit deux ans après la fuite d’Hisséne Habré vers le Sénégal, se tient à Ndjamena un procès sur les crimes de l’ère Habré. Devant la commission d’enquête tchadienne, l’ex-trésorier général du Trésor avait ainsi raconté comment il avait décaissé plus de 3 milliards de francs CFA sur instruction d’Habré qui avait prétexté l’urgence de l’achat d’armes pour contrer l’avancée des rebelles d’Idriss Déby. Le haut fonctionnaire du Trésor avait ensuite convoyé l’argent jusqu’à Maroua, ville camerounaise située à 200 km au sud de la capitale tchadienne où Habré avait trouvé un refuge temporaire, étroitement escorté par Abdelkrim Habré, le propre frère du président. Puis ce pactole fut chargé à bord de l’avion de commandement « offert par Saddam Hussein à l’Etat tchadien mais qu’Hissène Habré considérait comme un cadeau personnel». L’avion était bourré d’affaires personnelles, de tapis et de malles d’argent liquide.

C’est ainsi que l’ex-président tchadien débarque à Dakar en décembre 1990, les bras chargés d’un immense pactole. Seulement, son successeur, le président Déby a une exigence et le fait savoir au président Diouf à l’époque chef de l’État du Sénégal : le renvoi à NDjamena de l’avion de commandement détourné par Habré. Abdou Diouf dépêche alors auprès du nouvel exilé politique, le juge Kéba Mbaye, ancien président du Conseil constitutionnel. Ce dernier est chargé de faire entendre raison à Habré. Ce qu’il réussi à faire. Le juge Kéba Mbaye avait-il par la même occasion négocié pour qu’Hissène Habré dépose une partie de son pactole à la CBAO, à l’époque dirigée par son propre fils, un certain Abdoul Mbaye ? La coïncidence est troublante. Accusé un moment d’avoir aidé Habré à blanchir cet argent, Abdoul Mbaye avait réfuté cette thèse, arguant que « la loi qui punit ce délit n’a été adoptée qu’ultérieurement, en 2004. « J’étais un banquier à la recherche de dépôts en 1990. Ce n’est pas moi mais la banque que je dirigeais qui a reçu un dépôt qui n’était pas supérieur à 300 millions de francs. Pourquoi ne pas accepter des dépôts qui n’ont aucun problème avec l’assentiment des autorités sénégalaises ? », s’était défendu l’ancien Premier ministre sous Macky Sall.

Proximité avec Ouakam et la famille Mbaye

Toujours est-il que pour s’installer à Dakar, Habré comprend très vite qu’il doit s’acheter immunité et crédibilité auprès des dignitaires de la capitale sénégalaise et des familles maraboutiques. Il se raconte que grâce à cette masse d’argent, l’ex homme du fort du Tchad se rapproche des politiciens, des journalistes, des religieux et des populations de Ouakam, le quartier dakarois où il s’établit en 1900. D’ailleurs, pour célébrer son titre de champion national en 2011, le club de foot de Ouakam, l’USO, avait déployé une banderole en face de la tribune officielle : « Président Habré : l’US Ouakam vous remercie». Un geste qui en dit long sur la générosité de Habré à l’endroit de la communauté léboue. « Il avait de bonnes relations avec les habitants de Ouakam », a témoigné le Jaaraf de Ouakam, Youssou Ndoye suite à son décès.

Hisséne Habré aurait également investi dans les assurances et les télécoms. « Son procès aurait dû aussi être celui des receleurs, tous ceux qui ont profité de son vol », a un jour déclaré l’avocat sénégalais, Me El Hadji Diouf. Qui étaient ses protecteurs à Dakar ? Habré et sa famille avaient réussi à s’introduire dans la bonne société dakaroise. Sa proximité avec la famille du juge Kéba Mbaye est un secret de polichinelle en atteste le vibrant hommage que lui a rendu Abdoul Mbaye quelques heures après son décès. Il était aussi proche de Me Madické Niang, l’ancien ministre sous Wade, du journaliste Babacar Touré, des familles maraboutiques dont Tivaouane en bon disciple tidjane. « Aucune enquête financière sur ses avoirs ni leur utilisation n’a été conduite au Sénégal depuis qu’il est arrivé ici », avait regretté le procureur général des Chambres africaines extraordinaires, Mbacke Fall, lors de son procès en 2016. Toujours lors de son procès, deux de ses comptes bancaires domiciliés dans des établissements sénégalais (la BICIS et la CBAO) ont toutefois été gelés par la justice. Ils n’étaient crédités que de quelques millions de francs CFA. L’une de ses deux propriétés de Dakar, celle de Ouakam, avait aussi été saisie. « Il a eu le temps de s’organiser depuis le début de ses ennuis judiciaires en 2000 », expliquait encore le magistrat Mbacké Fall.

L’enquête avait aussi retrouvé « des relevés de comptes bancaires en France et à Monaco, de la BNP, de la Société générale et du Crédit lyonnais ainsi que des documents relatifs à différents placements : actions du CAC 40, assurances. Il y en a pour plusieurs millions d’euros. Le tout est établi aux noms de l’une ou l’autre de ses deux épouses (Hadjé Fatima Chahatta et Raymonde Adolphe Habré) ». Saura-t-on un jour les dessous des avoirs d’Hisséne Habré ? Qui étaient les recéleurs ? Est-ce encore une exigence du peuple tchadien ? Décédé ce mardi 24 août à Dakar, l’ex-président tchadien emporte avec lui ce lot de mystères entourantles milliards FCFA emportés dans son exil dakarois.

1 COMMENTAIRE

  1. C'est tjs le même procédé : des avoirs à l'étrange.. Ces dirigeants africains qui s'accaparent les richesses du peuple....
    Et Macky " Jimborai" et sa famille, combien ont ils détourné ?

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