lundi, décembre 5, 2022
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Magal Touba : Quand Bamba embarqua à destination du Gabon

(…) Puis, dit Ahmadou Bamba, nous prîmes nos places dans un paquebot le vendredi 1er Rabicu au matin. Il passa la journée et la nuit du samedi en rade. Pendant ce temps, je reçus un groupe de Mourides dirigés par Ibra Fall venus me faire leurs adieux, les yeux en larmes. A propos de cette situation, il dit encore : A bord du paquebot, le Clément m’a appris que j’étais le serviteur du chef de Médine.

A bord de ce paquebot bien plein, je reçu mon adepte alors qu’il était bien attristé. Et je lui fis mes adieux et regagnai ma place, le coeur bien éprouvé. Il reçut également une personne venue l’informer de l’arrivée d’un nouveau gouverneur qui n’avait pas encore pris contact avec les noirs. Son serviteur lui a conseillé d’écrire à ce gouverneur pour lui prouver son innocence et demander sa libération.

Sous l’insistance de cet homme, dit-il, j’acceptai son conseil et pris ma plume. Mais, à peine traçai-je une ligne que le Seigneur des créatures me parla. « Tu oses te plaindre auprès d’une créature comme toi au lieu de MOI ? » Alors je faillis mourir de peur et de honte puis j’effaçai la ligne. Quand l’homme insista de nouveau, je lui fis savoir qu’il m’était impossible de continuer.

A propos de cet incident, Ahmadou Bamba dit : L’envoyé du gouverneur m’a conseillé d’adresser une lettre au nouveau gouverneur venu de France. J’ai accepté d’abord le conseil, puis j’ai regretté et effacé ce que j’avais déjà écrit. Au même moment l’ordre me fut donné d’écrire. Et j’écris le poème bien agréé. Afin de mentionner le nom de celui qui montre sa VOIE par mon intermédiaire.

Le paquebot quitta Dakar le samedi 2 Rabic II et fit une escale à Conakry où un homme originaire du Saloum vint rencontrer le Cheikh à bord, lui offrit un précieux cadeau et lui dit : « J’ai appris que tu allais arriver à bord d’un paquebot à destination du Gabon et je suis venu te rendre visite pour que tu pries pour moi et me donnes des conseils ». C’est grâce à cet homme, dit le Cheikh, que j’ai su pour la première fois le nom de mon lieu d’exil.

J’ai prié pour lui et lui dit en guise de conseil : « O frère, Sache où que tu sois qu’il n’y a de Dieu que Dieu, et que quiconque s’adresse à un autre que lui saura qu’il n’y a d’autre Dieu que lui, et que quiconque se dirige vers lui sous la direction d’un autre que MUHAMMAD, saura que Muhammad est le Messager de Dieu ». Puis il me fit ses adieux et partit. Puis il raconte que leur escale suivante était Grand Bassam et parle d’une personne qui se moquait de lui avant leur arrivée à cette ville.

Dieu, dit-il, me débarrassa de lui par sa sagesse. Cet homme s’embarqua dans le paquebot à Conakry, mais il n’apprit m’a présence à bord que peu avant notre arrivée à Grand Bassam. Et ce fut alors qu’il se présenta et m’interpella. Quand je le regardai, il m’a dit : « J’ai appris que c’est mon frère qui t’a arrêté à cause du bruit que tes adeptes faisaient autour de toi, etc » A cet instant, la sirène du paquebot hurla, et l’homme attendit le silence pour continuer son discours.

Mais les hurlements ne cessèrent jusqu’à notre entrée dans le port où il débarque parmi d’autres passagers. Et j’ai remercié Dieu. A ce propos, Ahmadou Bamba écrit dans un poème : A Conakry, j’ai donné un « présent » désintéressé et incontesté à l’Elu, l’Effaceur. Dieu m’a délivré à Conakry de tout ce qui entraîne le mal. A Grand Bassam, Dieu a éloigné de moi celui qui cherchai à me provoquer.

*A propos de son escale au Dahomey, il évoque un honneur que Dieu lui fit : « Je reçus l’ordre de jeter dans la mer une bouteille de musc que je gardais pour en parfumer mes vêtements et livres. Sans hésiter, je le jetai. Quand le bateau accosta, une foule de musulmans informés de mon arrivée vint me saluer. Tous ou la plupart d’entre eux me donnèrent des bouteilles de musc ».

A propos de cet incident il écrit : Au Dahomey, le Miséricordieux m’a donné des biens me dispensant du marchandage. Le « Miséricordieux » signifie celui qui accorde des grâces. Celles dont ils s’agit ici font partie des plus subtiles… Evoquant une autre des grâces que Dieu lui accorda au cours de son voyage, il dit : « le capitaine du paquebot vint me rassurer et me témoigner de sa sympathie et de sa désapprobation de ma déportation et disait souvent que j’étais innocent.

Le médecin de l’équipage également venait me rassurer et me témoigner son amitié et sa disponibilité à fournir toute aide nécessaire. De même un jeune chrétien de l’équipage à qui Dieu avait inspiré mon amour, vint me servir comme un mouride ». Il dit également que tout au long de son voyage, Dieu l’a entouré de bienveillance et qu’il a demeuré tranquille d’esprit jusqu’à son arrivée à Libreville « où je restai peu de temps avant d’être transféré dans l’île où je passai cinq ans ».

Extraits de IRWAUNNADIM MIN’ ADHBI HURB AL-KHADIME (Auteur Cheikh Mouhammadou Lamine DIOP Dagana)

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