mercredi, décembre 7, 2022
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Santé : Sénégal, un grand corps malade !

Comme un peu partout, le secteur de la santé du Sénégal est défaillant. Les hôpitaux sont sous-équipés et le personnel est en détresse.

Un système de santé décrit les moyens organisationnels, stratégiques mis en place par un pays, afin d’assurer une continuité et une qualité des prestations médicales (wikipédia). Donc, il s’agit d’un secteur sensible qui ne tolère pas de manquements sur le plan humain comme matériel. A ce niveau, le Sénégal ne se porte pas mieux. La crise qui s’est installée depuis quelques semaines atteste la profondeur du mal. Par conséquent, c’est la grogne partout chez les soignants, les sages-femmes, les pharmaciens et les formateurs.  

Selon un responsable syndical, « l’État a créé une situation qu’on ne peut plus contrôler. Il y a même des acteurs qui menacent de démissionner pour aller voir ailleurs… Nous n’avons pas une obligation de résultat mais de moyens ». Cela suppose que les ressources soient réunies. A défaut, les « blouses blanches » sont contraintes de déserter les salles de soins. En paralysant le système par une série de grèves (largement suivies) au cours de la semaine écoulée. Le 4ème plan d’action des syndicats a connu un grand succès.

Une réussite que Mballo Dia Thiam, par ailleurs président de « and gueusseum », met sur le compte d’une jonction des différentes parties en solidarité avec les sages-femmes de l’hôpital Amadou Sakhir Mbaye de Louga (détenues dans l’affaire Astou Sokhna, la dame décédée en couches). « Nous allons continuer le combat pour le respect des accords mais aussi la libération de nos collègues. Sans faire une pression sur la justice », dit-il. Une radicalisation qui a plombé les négociations avec le gouvernement renouées ce lundi.

En effet, au sortir de la rencontre, les syndicats de la santé ont décidé de maintenir leur mot d’ordre, en décrétant trois jours de grève à partir de ce mercredi, journée consacrée à un sit-in national à Louga. « Nous attendons de l’État des propositions concrètes sur le régime indemnitaire », confie-t-on. De meilleures conditions de travail sont aussi exigées. « La charge est énorme. Le personnel de santé est très frustré. En plus, il se sent mal parce que lynché au niveau des réseaux sociaux et des médias ».

En clair, le système de santé est malade de ces maux que sont la gestion des ressources humaines, la planification et le problème de maintenance. Le Pr Mamadou Diouf (directeur du centre Joliot-Curie Le Dantec) explique dans le « Grand Jury » : « On a augmenté le budget du ministère, mais il faut pouvoir l’utiliser de manière efficiente. On construit un hôpital, on l’équipe et on n’a pas le personnel technique : des ingénieurs de l’entretien, des informaticiens, des agents de nettoyage et de sécurité. Alors qu’il en faut ».

Et d’ajouter : « Le fonctionnement de l’hôpital, ce n’est pas les beaux bâtiments, les belles machines. Avant de finir une infrastructure, on doit auparavant envoyer des gens en formation, qu’on sache qui va y travailler. Il faut une adéquation de plusieurs facteurs. Des hôpitaux sont là depuis plus de dix ans mais ils ne fonctionnent pas comme il se doit ». Sans manquer de souligner le déficit de personnel plus particulièrement dans les zones rurales. « Avec le danger de prendre des médecins qui occupent déjà des postes ».

Parce que, d’une part, les écoles publiques de formation en santé et en action sociale ne produisent plus. D’où le courroux du collectif des enseignants qui réclament l’application de l’arrêt qui rattache l’ENDSS à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Le porte-parole Meïssa Diouf indiquait lors du point de presse tenue la semaine dernière : « Nous demandons aux autorités administratives d’apporter les réformes par un nivellement vers le haut. Cela exige une jonction à l’enseignement supérieur avec le système LMD (Licence-Master-Doctorat) ».

Il poursuit : « S’il n’y a pas des prestataires de qualité, on ne peut pas avoir de bonnes prestations. Ainsi, il est impossible d’avoir un système de santé résilient et performent. Depuis plus de 5 ans, on ne forme pas dans les sections spécialisées. Il y a énormément de problème dans les structures de santé. Les laboratoires biologiques fonctionnent à moitié. Tout comme les services d’aide au diagnostic, la radiologie… Nous avons les ressources pour former. Le problème, c’est le ministère qui ne veut pas recruter. Pourtant, le président avait donné des instructions dans ce sens ».

Cependant, les problèmes dans les structures ne peuvent pas justifier les carences au niveau de l’accueil, l’orientation et la prise en charge des patients. Ce qui relève souvent de comportements individuels de certains agents. Selon le Pr Mamadou Diouf, « c’est normal que les gens portent plainte pour comprendre les causes des décès médicaux. En Europe, on n’évoque jamais la volonté divine, on s’interroge. Il faut une autocritique, c’est cela qui fait la progression de la médecine ».

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