jeudi, décembre 1, 2022
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TER : Les impactés refusent de se taire

Le collectif des impactés, dans les départements de Dakar, Pikine et Rufisque, s’opposent au lancement des activités du TER (Train Express Régional). Parce que l’État n’a pas respecté ses engagements.

Le 27 décembre prochain, le Sénégal sera en plein dans la nouvelle ère du secteur des voies ferrées avec le lancement de la phase d’exploitation du Train Express Régional (TER). Après l’inauguration au terme des travaux de construction, il y a près de deux ans (14 janvier 2019). Une des plus importantes réalisations du Plan Sénégal Émergent (PSE) et du chef de l’Etat Macky Sall. Ça permettra de faciliter le déplacement à 115 000 personnes (par jour) à travers les 13 gares et Haltes où vont se relayer 6 trains par heure (1 tous les 10 minutes).

D’abord sur une distance de 36 km entre Dakar et Diamniadio, avant le prolongement jusqu’à l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) à Diass, village du département de Mbour. Soit au total 57 km à parcourir en 45 minutes dans le confort (première et deuxième classes, wifi, climatisation, rangement bagages…) Selon la maîtresse d’ouvrage du projet APIX (Agence pour la promotion des investissements et grands travaux), « le TER constituera l’épine dorsale du transport de masse dans la capitale qui respecte les standards internationaux en terme de mobilité urbaine ».

Un projet ambitieux. Une première dans la sous-région ouest africaine. Sauf que ce joyau ferroviaire a fait beaucoup de dégâts sur les 18 communes des départements de Dakar, Pikine et Rufisque qu’il a traversées. Même si « des guichets uniques appelés « Maison TER », espaces d’informations et de conciliation, ont reçu les 12 000 Personnes Affectées par le Projet (PAP). Elles sont recensées conformément au Plan d’Action et de Réinstallation (PAR) bouclé et validé en comité ad-hoc présidé par le ministre de l’Intérieur », indiquait l’APIX à l’entame des travaux en 2017.

Mieux, en plus du package d’indemnisations, on avait annoncé « un vaste programme d’accompagnement social, qui est un processus additionnel à l’acceptation du projet par les populations, a été initié en amont avec les collectivités locales et les autorités administratives. Ainsi que de la réalisation de plusieurs aménagements connexes, d’un suivi visant à renforcer les capacités sociales et économiques des acteurs impactés par le projet ». Tout en contribuant au développement des collectivités locales.

A moins d’une semaine du démarrage des activités du TER, le gouvernement peine à respecter ses engagements vis-à-vis des « victimes ». « Nous attendons toujours de recevoir nos indemnités. Ainsi que le relogement, les hectares au Lac Rose, la vulnérabilité et la baisse des revenus locatifs promis », souligne le collectif des 2000 impactés, qui refusent de se taire et sont déterminés à se faire entendre lundi prochain, lors de la cérémonie prévue à cette occasion. « Il n’est pas question que les trains commencent à rouler sans qu’on ait résolu notre problème », avertissent-ils.

Avant d’expliquer : « Selon le barème des indemnisations, le titre foncier = 333 100 F CFA/m2, le bail = 233 100 F CFA, aucun de ceux qui en disposent n’est payé. Le titre précaire (occupation sans droit réel) = 65 000 F CFA au maximum. C’est là où il y a des soucis parce que concentrant près de 75 % impactés. Les gens n’ont pas le même traitement. Certains ont perçu, d’autres non. Le plus ahurissant, on a vu des familles à qui l’APIX a donné entre 25 000 F CFA et 250 000 F CFA au niveau du département de Dakar. C’était à prendre ou à laisser ».

Pour eux, le TER est un cauchemar. « Il a ruiné la vie de 30 000 personnes. On nous a jeté dans la misère sociale », crient-ils. Rappelant « avoir fait toutes les démarches au niveau de l’État, mais sans suite. Une plainte a été déposée à la BAD (Banque Africaine de Développement), qui nous a donné raison. Parce que ce qui avait été arrêté dans le cadre du projet n’est pas respecté. Nous soupçonnons même une malversation. A Dakar, le document de l’APIX indique 1514 concessions concernées, alors il y en a moins de 700 ».

Ces complaintes sont révélatrices d’un paradoxe. En effet, « le projet TER tel que conçu atteint la rentabilité socio-économique, avec des milliers de jeunes qui seront employés », soutient le gouvernement. Ce qui laisse perplexe le leader du parti La République des Valeurs, Thierno Alassane Sall : « On l’a payé chèrement, donc il faudra bien le mettre en marche. Mais, dès qu’il va commencer à rouler, il va participer à creuser le déficit du Sénégal. Et pour renflouer, on va encore devoir augmenter les prix des denrées de premières nécessités », a-t-il confié dans l’émission « Grand Jury ».

L’ex-compagnon et ministre du Président Macky Sall est catégorique : « Le TER est structurellement déficitaire de par sa conception et les études qui ont été faites l’avaient démontré (…) On est dans un esprit carnassier qui n’a pas l’efficacité économique, le développement en ligne de fond, mais la politique la plus basse ». Et les pauvres impactés vont devoir payer les pots cassés.

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