dimanche, janvier 16, 2022
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Foot : Feu Lamine Dieng raconté par des confrères journalistes

Les amateurs du football sénégalais se sont encore réveillés dans la consternation avec le décès de Lamine Dieng, ce mardi. Le technicien est raconté par les journalistes Khalifa Ababacar Guèye et Mamadou Koumé, membres de l’Association Nationale de la Presse Sportive (ANPS).

Khalifa Ababacar Guèye, président ANPS Louga

« Sa conviction : le résultat sans la manière est ennuyeux »

« J’ai appris avec tristesse la mort de Lamine Dieng. Je suis dévasté de devoir se séparer de mon ami pour toujours. Lamine Dieng coach puriste qui a toujours laissé ses traces dans les différentes équipes où il est passé. Il aimait le beau jeu et ne se doutait guère de ce qu’il pouvait apporter à une équipe qui lui faisait confiance. Très calme et sûr de lui, il a toujours réussi à imposer son style. Lamine fait partie des coaches qui pensent que ‘’le résultat sans la manière est ennuyeux’’.

Jeune reporter, on aimait couvrir ses matches. Car il y avait toujours de la matière. Sans compter sa facilité à analyser ses matches au coup de sifflet final. Il nous donnait souvent des arguments clairs et faciles à traduire dans un papier de compte-rendu. C’est pourquoi on l’aimait beaucoup…

Un soir d’un match Jaraaf – Gorée, en coupe du Sénégal (2007 ou 2008), j’ai réalisé une interview avec lui qu’il avait beaucoup appréciée. Il venait d’être limogé par le Jaraaf et Gorée l’a recruté. Pour sa première sortie sur le banc de l’Us Gorée, il tombe sur Jaraaf qu’il a malmené et battu avec la manière (4-2) dans l’antre de Demba Diop. Au coup de sifflet final, je l’ai accroché. Sans langue de bois, il répond à toutes les questions et prend mon numéro.

A la sortie du papier, il m’appelle pour apprécier ses «propos (qui) ont été fidèlement relayés sans être dénaturés». Tout en signalant que mon titre, «La leçon du Maitre !» était trop flatteur. Depuis lors, il était devenu un ami. Fidèle en amitié, il ne restait pas longtemps sans appeler pour prendre de mes nouvelles, avec cette signature au bout du fil « Khaaf namnaala ».

Très avare en parole, il ne m’a jamais refusé quoi que ce soit. « Toi et Saliou Gakou, vous êtes mes amis. Vous aurez toujours tout ce que vous voulez »¸me rassurait-il à chaque sollicitation. Je suis devenu par la suite son conseiller. Et à chaque fois qu’il négociait avec un club, mon avis comptait beaucoup. Jusqu’au jour où il m’appelle pour m’annoncer cette nouvelle avec fierté, « Khaaf Cheikh Seck m’a appelé pour me proposer le développement de la petite catégorie au niveau du Jaraaf tout en étant également le directeur technique. Qu’est-ce que tu en penses ? » Sans hésiter je lui ai demandé d’accepter la proposition, car je savais qu’il était à la hauteur du défi. En plus, j’ai senti dans nos différentes discussions qu’il aimait vraiment le Jaraaf.

Il y a quelques semaines, je l’ai appelé par téléphone sans succès. Quand il rappelle, il s’excuse et me dit qu’il était en train de lire le coran. Il faisait beaucoup de recherches sur le Coran qu’il a maîtrisé, « en bon Saint-Louisien »¸ insistait-il. Il m’avait même promis de partager ses recherches à notre prochaine rencontre. Une rencontre qui n’aura finalement pas lieu sur terre. Peut-être qu’elle aura lieu au paradis. Je te promets qu’on en reparlera une fois là-bas. On parlera aussi foot, ta deuxième religion.

Car tu n’avais pas fini de me démontrer « pourquoi il ne faut pas éliminer le poste de numéro 10 dans le football ». Tu m’avais donné beaucoup d’arguments sur ça au téléphone. Mais la discussion a été interrompue par l’appel du muezzin pour la prière de timiss.  On n’a pas eu l’occasion de poursuivre ce débat qui m’a beaucoup intéressé… ».

Dr Mamadou Koumé, ancien président de l’ANPS

« Sa doctrine de jeu inspirée du foot allemand »

« Par deux fois, Lamine Dieng a été entraineur des Lions, en 1992 après la CAN et en 1996. Deux contrats de courte durée interrompus la première fois pour des questions d’intendance et la seconde suite à une élimination pour la phase finale de la CAN 1996. L’après-CAN 1992 est aussi traumatisante pour le football sénégalais que l’après-CAN 1986. Lamine Dieng est choisi parmi de nombreux candidats et nommé le 20 mars 1992, sélectionneur et coordonnateur des sélections nationales.

Le technicien jouit d’une bonne réputation, il a de bons résultats avec l’US Gorée où tout jeune arrivant à la tête du club, il gagne le championnat national en 1984. Mais surtout, il conduit la saison suivante le club insulaire en demi-finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions après une double confrontation avec l’AS Birima de la RD Congo (0-2 et 1-0). Il a également en charge la sélection nationale des espoirs entre 1988 et 1992. Victor Diagne, Aly Male ou Moussa Traoré sont sortis de cette sélection et vont être parmi les éléments sur lesquels, il compte pour bâtir un nouveau club Sénégal.

Mais la reconstruction s’avère compliquée car le nouveau coach commence sa mission dans un contexte où les moyens sont rares en dépit d’un plan de sauvetage du football mis en place par les pouvoirs publics au lendemain de la débâcle de 1992. Les autorités trouvent une solution pour les indemnités de Lamine Dieng et de ses collaborateurs avec la société de la loterie nationale qui décaisse mensuellement dix millions de francs CFA. Mais la nouvelle fédération qui arrive après le fiasco de 1992 rompt les engagements financiers pris avec Lamine Dieng et son staff. Pour le coordonnateur des sélections nationales, cette mesure est « une manière unilatérale de mettre fin aux activités » des différents entraîneurs.

Après un match en éliminatoires de la Coupe du monde contre le Mozambique à Dakar, le 30 janvier 1993, à l’issue duquel les lions font une démonstration (6-1) contre leurs adversaires, la Fédération divise en deux la prime de match des joueurs. C’est le casus belli pour Dieng qui s’en va. Son bail n’aura duré que onze mois. Avec un bilan de quatre victoires, un match nul et trois défaites en éliminatoires de la CAN contre le Togo (2-0 ; 1-1 ), Guinée Bissau (3-0), Sierra Leone (0-2) , Algérie (1-2) et en Coupe du monde face au Mozambique (1-1) ; (6-1) et au Gabon (2-3).

En 1996, le retour en sélection n’est pas un succès pour Lamine. Depuis 1986, le baromètre de la réussite chez les lions pour un sélectionneur est resté le même : la qualification en phase finale de la CAN. C’est une « expérience inachevée » pour lui d’autant plus que les difficultés notées lors de son premier passage en équipe nationale étaient récurrentes.

Le regret finalement nourri par Lamine Dieng est de ne pas pu montrer toutes ses capacités en raison des limites rencontrées alors que pour lui le football sénégalais a un important potentiel. Avec sa doctrine de jeu inspirée du football allemand où il a fait une partie de ses classes d’entraîneur, le natif de Saint-Louis aurait pu offrir au public un spectacle à la dimension de la qualité de ses joueurs.»

(Extrait de son livre paru la semaine dernière : « La saga de l’équipe nationale de football »)

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